Le Saint-Élias de Jacques Ferron : Le décloisonnement clérical comme facteur d’émancipation collective

Quiconque tente d’aborder les multiples thématiques de l’œuvre de Jacques Ferron risque tôt ou tard de faire face à l’évidence : traités tantôt avec légèreté, tantôt avec sérieux, les thèmes de la littérature ferronienne regorgent de contradictions. La question religieuse en est un bon exemple. Omniprésente, la religion chez Ferron n’est pas une mince affaire à analyser : son caractère incantatoire, voire mystique, qui, toutefois, n’échappe pas aux remarques narquoises fréquentes de son auteur, permet à ce dernier de rendre compte d’une complexité certaine de cette question, centrale dans l’histoire québécoise. Dès lors, un problème se pose : le traitement du clergé, chez Ferron, ambiguë et hétérogène, nous permet-il de comprendre sa vision de la chrétienté ? Qu’est-ce qui explique cet écart entre, d’une part, une représentation mystique de la religion et, d’autre part, la désinvolture de Ferron à l’endroit de l’institution cléricale ? À la lumière de ces interrogations, nous postulons que le traitement de Ferron de la question religieuse, à la fois critique et désinvolte, lui permet de refaire l’histoire à sa manière, de briser le dogme clérical afin de rendre possible une émancipation symbolique de la collectivité. Ce faisant, le décloisonnement institutionnel du clergé permettrait à Ferron de mettre en relief l’ensemble des images et valeurs que propose le clergé, sans la notion hiérarchique et oppressive qui l’accompagne. Dans le cadre de notre réflexion, nous concentrerons notre attention sur Le Saint-Élias, onzième roman de Ferron paru en 1972. Plus précisément, nous articulerons notre pensée autour de la relation qu’entretiennent le chanoine Élias Tourigny et le docteur François Fauteux, non sans définir au préalable en quoi consistent les principales réticences de Ferron à l’endroit du clergé et en quoi il décloisonne cette institution pour « rompre l’écrou[1] » et ainsi mettre fin à une religion de surface au profit d’une émancipation collective.

Malgré ses nombreuses critiques à l’endroit de l’Église catholique, nous verrons que Jacques Ferron fait preuve d’une certaine indulgence, mais surtout, d’une désinvolture à l’égard de la théocratie canadienne-française, sa perception étant d’ailleurs en décalage avec le sens de l’histoire[2]. Quoique omniprésente dans son œuvre, la question religieuse chez Ferron est subtile et complexe, allant au-delà de la simple critique et du rejet des valeurs chrétiennes. D’abord, tentons d’établir une distinction nette — si l’on admet que cela est possible —, entre ce que l’auteur rejette et ce qu’il préserve de la sphère cléricale. Pour bien cerner l’attitude de Ferron à l’endroit du clergé, nous devons amorcer notre analyse au sommet de la hiérarchie ecclésiastique en tentant de comprendre la conception qu’a Jacques Ferron de Dieu (!), ou plutôt de comprendre le caractère polysémique que l’auteur lui prête. Il peut en effet se décliner en deux instances prédominantes chez Ferron : la première, le Dieu de l’Ancien Testament, associé au pouvoir politique, est « synonyme de tous ceux qui exercent le pouvoir de façon malhonnête […] qui opprime ceux qui sont censés gouverner[3]. » Cette figure à la fois divine et politique revient fréquemment dans l’œuvre ferronienne, notamment sous la figure du « Papa Boss », que Ferron détaille dans un passage de « Dieu et ses scribes », au cœur du recueil Du fond de mon arrière-cuisine :

« [L]e fameux bon Dieu, le Créateur, le Tout-puissant, le Très-Haut, l’Amerloque suréquipé, le Papa Boss, le Sans-Cœur, l’Assassin félicité, se trouvait capturé dans un enfant, retenu dans les intérieurs d’un homme, unique parmi les autres primates et voué, après quelques succès de prédicant, à la Passion et à la mort. Tel est le Nouveau Testament, celui du moi crucifiant, du Père expirant dans son Fils[4]. »

Il suffit d’être attentif à ce passage pour réaliser que les nombreux titres qu’impose Ferron à ce Dieu de l’Ancien Testament illustrent le caractère insidieux de cette figure. Dans Jacques Ferron malgré lui, Jean Marcel confirme l’état d’esprit de Ferron face à un Dieu autocratique, affirmant que « [l]’insidiosité de sa nature divine consiste moins à faire marcher la machine économique au détriment de l’homme qu’à lui faire croire finalement que le monde ne peut aller autrement[5] ». Nous pouvons dès lors comprendre que le principal reproche de Ferron à l’endroit de cette représentation de Dieu concerne l’hégémonie perverse de ce dernier et le contrôle absolu qu’il exerce sur diverses sphères de la société, allant notamment de la politique à l’économie. En somme, c’est un Dieu rigide qui contrecarre l’émancipation collective. C’est d’ailleurs ce Dieu que représente Mgr Laflèche dans le Saint-Élias, notamment par son intransigeance et son caractère contrôlant, voire autoritaire. D’ailleurs, Louis-François Richer dit Laflèche a bel et bien existé, passant à l’histoire notamment pour avoir « [prôné] la soumission des pouvoirs civils à celui de Rome, n’hésitant pas à s’ingérer dans la politique et l’éducation[6]. » Ferron fait de l’évêque, dans Le Saint-Élias, l’incarnation même de l’ultramontanisme, de ce Dieu mégalomane qui empêche, finalement, de « briser l’écrou ». Dès lors, il est difficile de ne pas voir dans le titre de sa « Grandeur[7] », certes officiel, une connotation ironique. Nous reviendrons plus loin sur cette désinvolture, habituelle chez Ferron.

La deuxième représentation divine que l’on retrouve dans la vision ferronienne concerne le Dieu théocrate. Déjà, Ferron se fait plus indulgent à son égard. Reinhart Hosch, dans « Jacques Ferron ou la présence réelle », en fait le constat tout en citant au passage Ferron dans ses Confitures de coings : c’est un « Dieu distant, accessible seulement à de rares moments […] Malgré sa distance, il avait tout au moins ceci de positif que “la gloire du Père correspondait au salut de notre peuple”[8] ». Néanmoins, ce Dieu est, comme le souligne Hosch, un Dieu métaphorique, appartenant à « la théocratie canadienne-française ». Si ce dernier, pour Ferron, constitue une « cohérence compensatrice[9] », auquel il reconnaît un certain « effet thérapeutique[10] », grâce à une « Église dispensatrice d’illusions collectives[11] », il n’en demeure pas moins qu’il s’agit surtout d’un modèle qui permet au clergé d’isoler les ouvriers des XVIIe-XVIIIe siècles, qui finissent par « [constater] l’incompatibilité totale avec leur quotidien[12] », deux ou trois siècles après s’être fait imposer ledit modèle. Rappelons au passage que le contexte historique de cette période met en scène un clergé jouant le jeu du dominateur anglais[13]. Autrement dit, le clergé cloisonne, isole « le Canadien français des XVIIe-XVIIIe siècles de son contexte historique pour le placer en dehors du temps et en faire un modèle[14]. » Mais pourquoi qualifier ce Dieu de métaphorique ? Comme le rappelle Hosch, « la métaphore se fonde sur le principe de l’analogie, d’une qualité commune à deux termes attribuables à des contextes différents[15]. » La métaphore prend donc forme dans le lieu atemporel, intangible, où le clergé désire ériger la population canadienne-française en exemple, c’est-à-dire dans un espace d’abstractions, en contradiction avec ce que Pierre Vadeboncoeur appelle le « sens du réel[16] ». De son côté, Hosch nomme cette tension la « dissociation de la vie spirituelle et de la vie quotidienne[17] ». Ce faisant, ce dernier confirme les conséquences d’une collectivité soumise au Dieu métaphorique : « [si les ouvriers] s’abandonnent ensuite à des nostalgies champêtres, ce n’est que la preuve de la parfaite docilité d’une communauté sans pouvoir; la leçon métaphorique a été bien apprise et même tragiquement perfectionnée[18]. » En somme, malgré l’indulgence de Ferron à l’endroit du Dieu théocratique, il n’en demeure pas moins que ce dernier reste distant, intangible, au risque, comme le souligne Hosch, de finalement passer « dans le camp de l’occupant[19] ». L’indulgence de Ferron s’explique du fait qu’il croit important, nécessaire, que les individus puissent entretenir une spiritualité, ou plutôt une « aventure spirituelle[20] », selon les termes de Vadeboncoeur. Il y aurait donc le « mauvais Dieu du dominateur et le vrai (bon) Dieu qui devient indispensable à la cause de la nation dominée[21]. » Notons, en guise de nuance et pour éviter d’emprunter la voie trompeuse du manichéisme, que le « bon » Dieu est souvent, pour Ferron, une manière de désigner le « mauvais Dieu »[22].

<em>Le Saint-Élias</em> de Jacques Ferron

Ainsi, ces deux facettes du Créateur présentes dans l’œuvre ferronienne nous permettent la déduction suivante : chez l’auteur du Saint-Élias, le clergé n’est pas une institution homogène, où il n’y aurait que des ecclésiastiques ultramontains prompts à exercer le contrôle sur la collectivité et où tout serait manichéisme. Ferron fait néanmoins une distinction très claire entre le haut clergé, représenté par le personnage de Mgr Laflèche, qu’il ira jusqu’à ridiculiser lorsque ce dernier voudra traverser le pont de péage de Batiscan — nous y reviendrons —, et le bas clergé, que l’on peut représenter par le personnage du chanoine Élias Tourigny. Jacques Cardinal exprime bien cette dissension, inhérente à l’institution cléricale : « [l]e clergé se présente de la sorte comme relativement diversifié, traversé par des discours plus ou moins antagonistes, et non pas comme une communauté homogène ou résolument unanime[23]. » C’est notamment par la conscience de cette complexité et le refus du manichéisme que Ferron pourra décloisonner les dogmes ultramontains au profit d’une libération collective. Pour y arriver, Ferron adoptera, entre autres, une attitude désinvolte à l’endroit du clergé.

Cette désinvolture est en effet l’un des moyens employés par Ferron pour amoindrir l’écart hiérarchique entre le clergé et la collectivité. Elle s’incarne notamment par l’intermédiaire du procédé de carnavalisation : l’épisode du pont de péage est parlant en ce sens, passage où Mgr Laflèche se fait ridiculiser par le péager alors qu’il veut se rendre à Batiscan[24]. Son autorité est bafouée par un citoyen, et ce, dans une inversion des rôles flagrante. Dans cette perspective, notons le chapitre des funérailles du docteur Fauteux, célébrées par le chanoine Tourigny, où ce dernier menace Dieu de se suicider en laissant aux Batiscanais une ordonnance testamentaire les enjoignant à ne plus remettre les pieds à l’église dans le cas où il pleuvrait au moment de la cérémonie[25]. Si cette menace peut sembler dérisoire aux premiers abords, pouvant simplement illustrer l’état émotif dans lequel se trouve le chanoine cette journée-là, le narrateur nous informe plus loin que « Dieu se le tint pour dit[26] » en dispersant « sa pluie sur les villages environnants[27] », illustrant donc l’autorité divine du chanoine. À l’instar du Mgr Laflèche, Dieu se doit d’obéir aux humbles dans un renversement hiérarchique qui a pour effet de mettre les représentants du haut clergé dans une posture carnavalesque, au profit des citoyens et des membres du bas clergé. De plus, Ferron opère ici un renversement entre l’universel et le particulier, soit entre Dieu et le chanoine : le grand devient petit et inversement. Nous en venons donc au point principal de notre analyse : ce renversement, cette inversion de postures qui caractérise Le Saint-Élias, rend possible l’amitié entre le chanoine Tourigny et le docteur Fauteux, et donc les prémices d’une émancipation collective par l’abolition des hiérarchies entre le clergé et la collectivité.

Comme nous venons de l’entrevoir, cette désinvolture de Ferron à l’endroit du clergé permet d’abattre les frontières institutionnelles qui hiérarchisent les individus. Ce traitement n’est pas sans effet : Ferron permet ainsi d’universaliser les valeurs chrétiennes tout en écartant la religion de surface au profit d’une spiritualité plus profonde et équitable. L’un des moyens utilisés par l’auteur pour appliquer ce principe est en entretenant la porosité des rôles entre libéraux et ultramontains. Au cœur de ce décloisonnement symbolique, nous retrouvons le chanoine Élias Tourigny et le docteur François Fauteux, incarnant respectivement la figure de l’ultramontanisme ou, du moins, le clergé dans une mesure moins autoritaire que pourrait le suggérer un personnage comme Mgr Laflèche, et la figure du libérale. Nous verrons que ces épithètes ne tiendront pas la route bien longtemps : Jacques Cardinal, dans La part du diable. Le Saint-Élias de Jacques Ferron, détaille la porosité de ces rôles et l’union amicale des deux personnages sous une bannière commune, soit celle de la complicité :

« [Le chanoine Tourigny] se montre sensible à la particularité des circonstances et des êtres, ouvert à l’exercice d’une caustique qui ne se borne pas à juger du prochain abstraitement, selon la seule généralité des principes et des dogmes. Le chanoine œuvre ainsi, de concert avec le médecin incroyant et libéral, à l’unité de la vie paroissiale, si ce n’est nationale[28]. »

Leur amitié naît aux dépens des conflits entre libéraux et ultramontains, prouvant encore une fois la volonté de Ferron de souscrire à une pacification des relations, qui devraient a priori être conflictuelles. L’attitude du chanoine Tourigny quant à la désinvolture du docteur Fauteux, selon Cardinal, est révélatrice de sa souplesse : « [a]ux yeux du chanoine, il est permis à chacun d’exister selon son destin ou sa nature sans être nécessairement damné ou excommunié[29]. » Notons au passage que cette désinvolture de Fauteux est similaire à celle de Ferron, le personnage agissant comme son double politique, d’autant plus qu’il est l’« adversaire déclaré de Mgr Laflèche[30] » et donc, comme nous l’avons explicité plus haut, l’adversaire implicite d’un Dieu autocratique. Cette attitude de la part du docteur Fauteux se manifeste de plusieurs manières : par exemple, il ne va pas communier à Pâques, épargné par les réprimandes du chanoine. Nous abondons dans le sens de Cardinal lorsque ce dernier affirme que « [l]e chanoine Tourigny propose en cela un déplacement fort significatif de l’action pastorale[31] » et que « [l]e prêtre incarné de l’univers ferronien s’adapte aux êtres et aux circonstances sans chercher à les faire plier sous l’orthodoxie du discours de l’intransigeant, représenté dans le récit par Mgr Laflèche[32]. »

L’une des manifestations les plus saillantes de ce décloisonnement symbolique entre les deux hommes se concrétise lorsque le chanoine Tourigny, constatant une fois de plus le banc vide du docteur Fauteux sur la nef, regrette de ne pas pouvoir discuter avec ce dernier du sermon de son vicaire, Armour Lupien[33]. Cardinal en déduit que, pour le chanoine, les valeurs chrétiennes ne sont pas exclusives aux pratiquants et qu’elles peuvent se partager entre croyants et non-croyants : « [n]’est-il pas intéressant de noter que le chanoine veut discuter de théologie […] avec un incroyant ? Or, si le chanoine se permet cette amitié, c’est parce qu’il considère que le fait d’être chrétien n’est pas garant de l’excellence ou de la valeur de l’homme[34]. » Plus encore qu’un renversement, cette volonté de discuter avec un non-croyant symbolise le décloisonnement des dogmes ecclésiastiques que soutient le chanoine, et par extension, Ferron.

L’effet produit par cette porosité des rôles nous permet par ailleurs de constater que le docteur Fauteux est plus chrétien qu’il n’y paraît. Après tout, c’est en partie dû à sa lucidité austère envers un monde miséreux qu’il mettra fin à ses jours, cet acte impie ne trompant d’ailleurs personne : le docteur Fauteux est, à bien des égards et malgré les apparences, plus chrétien que le Mgr Laflèche. Enterré dans le champ du Potier, gisant « au milieu des fous et des pauvres misérables[35] », il représente cette figure de notable qui reste du côté des humbles, en guise de « protecteur[36] », en dehors de toute hiérarchie. Les valeurs chrétiennes, sans tout leur appareillage institutionnel, triomphent au détriment des codes et des dogmes. Ferron réussit par la littérature à transmettre les valeurs universelles de l’Église sans l’aide de cette dernière, ces valeurs n’étant pas exclusives à un enseignement clérical. Ainsi, il ne nous reste plus qu’à nous pencher sur l’aboutissement de ce décloisonnement, qui survient lors des funérailles du docteur Fauteux.

En procédant à l’écartement d’une religion de surface, Ferron nous amène à constater la consubstantialité des rapports clergé-collectivité dans le huitième chapitre du Saint-Élias, moment où le chanoine Tourigny préside les funérailles du docteur Fauteux. Cet épisode est parlant quant à l’abandon des dogmes par le clergé lui-même : les ecclésiastiques se mêlent aux individus, abattant les frontières hiérarchisantes, afin que tous puissent communier leur respect pour le docteur Fauteux, et ce, sans aucune distinction de statut. En effet, de nombreux « curés et vicaires de l’est du Saint-Maurice, de Sainte-Flore, de Grand-Mère, du Cap jusqu’à Saint-Prosper et Grondines […] [participent] à la cérémonie à titre de notables[37] » et non en tant que « représentants du pouvoir religieux[38] ». Les funérailles permettent donc l’anéantissement total des frontières hiérarchiques, et, comme le signale le chanoine, Dieu lui-même circule parmi la foule « comme un principe d’unité et d’entente[39] ». Dans un retournement déchirant, nous comprenons que, malgré toutes les barrières et les hiérarchies aplanies, une seule demeure : la séparation éternelle entre le docteur Fauteux et sa défunte épouse, Marie-Josephte Trudel, comme si le fait d’être séparés même après la mort était le prix à payer pour que le médecin puisse veiller sur les humbles, en guise d’ultime sacrifice. Enfin, le début du neuvième chapitre nous présente le chanoine Tourigny visitant fréquemment les Mithridate, lui qui est, en temps normal, d’un naturel casanier[40]. Les funérailles du docteur Fauteux ont donc pour rôle d’entériner les frontières du clergé : les ecclésiastiques et les citoyens – quoique notables dans le cas présent – ne font plus qu’un. S’ensuivra alors l’épisode que nous avons brièvement présenté plus haut, soit celui de Mgr Laflèche et de Mgr Caron, qui se font refuser la traversée gratuite du pont de péage, en guise de confirmation que l’institution cléricale n’a bel et bien plus aucun pouvoir à Batiscan. Le péager verbalise aux deux évêques la conclusion à laquelle nous aboutissons dès lors : « on ne [connaît] pas ça, des ecclésiastiques, sur le pont de Batiscan et qu’on [ouvre] la barrière qu’aux citoyens, péage acquitté[41]. »

En définitive, nous concluons que le traitement de Ferron, tantôt critique, tantôt désinvolte, de la question religieuse brise le dogme clérical afin de rendre accessible les valeurs chrétiennes aux individus et donc de tendre vers l’universalité de l’expérience humaine. Le décloisonnement institutionnel du clergé permet à Ferron de mettre en relief l’ensemble des images et valeurs religieuses, et ce, sans le bagage autocratique qui, historiquement, oppresse la collectivité. Ce décloisonnement, comme nous l’avons analysé, passe par divers procédés et attitudes, comme l’inversion, la désinvolture ou encore le dédain du manichéisme. En terminant, mentionnons que, en brisant cette dynamique institutionnelle, Ferron signe un texte qui, selon Hosch, possède un style permettant au lecteur « de découvrir — de l’intérieur, par des éclairs d’émotion — la complexité de l’âme québécoise pour enfin vous mener là où toute grande littérature aboutit : à la condition humaine[42]. »

Bibliographie

CARDINAL, Jacques, La part du diable. Le Saint-Élias de Jacques Ferron, Montréal, Lévesque éditeur (coll. Réflexion), 2015, 328 p.

FERRON, Jacques, Du fond de mon arrière-cuisine, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2015, 268 p.

FERRON, Jacques, Le Saint-Élias, Édition préparée par Marcel Olscamp, préfacé par Pierre L’Hérault, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2018, 188 p.

HOSCH Reinhard, « Jacques Ferron ou la présence réelle. Remarques sur la foi d’un mécréant/“Mécréant” », dans Jean-Marcel Paquette [dir.], Études littéraires, vol. XXIII, n3 (Hiver 1990-1991), p. 31-55.

MARCEL, Jean, Jacques Ferron malgré lui, Montréal, Les Éditions Parti pris (coll. Frères chasseurs), 1978, 285 p.

VADEBONCOEUR, Pierre, La ligne du risque. Essais, Montréal, HMH (Constantes, n4), 1963, 296 p.

© Crédits photo : Clo


[1] Jacques Ferron, Le Saint-Élias, Édition préparée par Marcel Olscamp, préfacé par Pierre L’Hérault, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2018, p. 49.

[2] Dans La part du diable. Le Saint-Élias de Jacques Ferron, Jacques Cardinal explique en effet que « Le Saint-Élias est l’occasion pour Ferron de revisiter [le] passé [et de s’interroger] sur la pertinence du récit mémoriel élaboré par certains artisans de la Révolution Tranquille. »

[3] Reinhard Hosch, « Jacques Ferron ou la présence réelle. Remarques sur la foi d’un mécréant/“Mécréant” », dans Jean-Marcel Paquette [dir.], Études littéraires, vol. XXIII, n3 (Hiver 1990-1991), p. 52.

[4] Jacques Ferron, Du fond de mon arrière-cuisine, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2015, p. 134.

[5] Jean Marcel, Jacques Ferron malgré lui, Montréal, Les Éditions Parti pris (coll. Frères chasseurs), 1978, p. 138.

[6] Jacques Ferron, Le Saint-Éliasop. cit., p. 166.

[7] Ibid., p. 25.

[8] Reinhard Hosch, « Jacques Ferron ou la présence réelle. Remarques sur la foi d’un mécréant/“Mécréant” », art. cit., p. 52.

[9] Ibid., p. 41.

[10] Ibid., p. 36.

[11] Id.

[12] Ibid., p. 39.

[13] Id.

[14] Id.

[15] Id.

[16] Pierre Vadeboncoeur, La ligne du risque. Essais, Montréal, HMH (Constantes, n4), 1963, p. 45.

[17] Reinhard Hosch, « Jacques Ferron ou la présence réelle. Remarques sur la foi d’un mécréant/“Mécréant” », art. cit., p. 40.

[18] Id.

[19] Ibid., p. 52.

[20] Pierre Vadeboncoeur, La ligne du risque. Essaisop. cit., p. 171.

[21] Reinhard Hosch, « Jacques Ferron ou la présence réelle. Remarques sur la foi d’un mécréant/“Mécréant” », art. cit., p. 52.

[22] Id.

[23] Jacques Cardinal, La part du diable. Le Saint-Élias de Jacques Ferron, Montréal, Lévesque éditeur (coll. Réflexion), 2015, p. 45.

[24] Jacques Ferron, Le Saint-Éliasop. cit., p. 122.

[25] Ibid., p. 105.

[26] Ibid., p. 107.

[27] Id.

[28] Jacques Cardinal, La part du diable. Le Saint-Élias de Jacques Ferronop. cit., p. 41.

[29] Ibid., p. 36.

[30] Jacques Ferron, Le Saint-Éliasop. cit., p. 44.

[31] Ibid., p. 39.

[32] Ibid., p. 43.

[33] Ibid., p. 54.

[34] Ibid., p. 36

[35] Ibid., p. 135.

[36] Id.

[37] Ibid., p. 109.

[38] Id.

[39] Ibid., p. 112.

[40] Ibid., p. 117.

[41] Ibid., p. 122.

[42] Reinhard Hosch, « Jacques Ferron ou la présence réelle. Remarques sur la foi d’un mécréant/“Mécréant” », art. cit., p. 32.

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